You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Qu'est-ce que se séparer ? Comment, de qui, de quoi se sépare-t-on ? Qu'est-ce qu'être séparé ? C'est à juste raison que les rédacteurs du présent numéro de la RFP ont mis le mot au pluriel. Il n'y a pas de modèle théorique, métapsychologique susceptible de rendre compte d'un processus unique qui s'appellerait la séparation. Il y a néanmoins un point sur lequel on peut trouver un accord : quel que soit l'objet en cause (personne aimée, objet réel ou fantasmatique, système de pensée, idéal, etc.), quelles que soient les modalités de l'expérience de séparation et quelle que soit son issue, elle met le sujet à l'épreuve et sollicite ses capacités d'élaborer la perte ; elle détermine chez lui un travail intrapsychique qui a pour effet de bouleverser les investissements et les représentations de cet objet.
La question se présente donc sous de multiples aspects dont un certain nombre ont été largement balisés par la recherche théorico-clinique en psychanalyse. Bien qu'il n'ait pas fait de la séparation un concept métapsychologique, Freud avait ouvert la voie, d'une part avec la notion de travail du deuil1, d'autre part, après la « coupure épistémologique » de « Au-delà du principe de plaisir », avec celle d'angoisse de séparation2, qui a pour paradigmes la déréliction originelle de l'enfant séparé du corps maternel et l'angoisse de castration. Chez les successeurs de Freud, plusieurs orientations se sont dessinées, qui doivent beaucoup, notamment, à l'étude des pathologies psychotiques et des états limites, d'une part, à l'observation directe des enfants, d'autre part. L'une considère la séparation sous l'angle de la relation libidinale aux objets d'amour ou de haine, mettant en jeu les mécanismes de clivage, d'introjection et de projection, avec les fantasmes qui les sous-tendent