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Que veut cet homme jeune, qu'attend-il de moi, en venant me consulter ? Comment comprendre sa demande, floue, et surtout, surtout tellement ambivalente ? « Faire une thérapie… » Mot un peu magique. Plus tard, à notre second entretien, il mettra en avant la confiance que je lui ai, dit-il, inspirée : « Vous, je suis sûr que vous ne me direz pas d'aller plus loin que je n'en ai besoin. » Ne verbalise-t-il pas ce que tant d'autres pensent : ne me faites pas aller au-delà de me débarrasser de mes symptômes, qui me gênent, et que je ressens comme étrangers à moi… La perte entrevue comme inquiétante, à l'horizon de la démarche, serait une coupure de soi, une perte de ce qui tient ensemble. Une crainte narcissique ?
Freud, avec l'introduction théorique de la notion de narcissisme, nous donne la possibilité de penser le sentiment d'exister : narcissisme comme entité autonome, une fois acquise l'importance de la pulsion, de ses destins, de la sexualité infantile. Le narcissisme se construit, et passe par ce sentiment de toute-puissance, celui du narcissisme primaire que nous n'aurions ensuite abandonné que douloureusement. Il en reste des traces, chez chacun d'entre nous, prêtes à resurgir si survient une trop grande tâche pour le moi, une tâche telle que la réalité, devenue insoutenable, ne mérite plus d'être préservée. Ainsi, devant une perte soudaine, dans l'intensité de la douleur éprouvée, cette patiente, si rationnelle d'habitude, si peu encline aux ressources mystiques, cherche-t-elle dans l'agencement soudain étrange des objets, le signe d'une présence, venue la nuit l'assurer de sa permanence. Elle ne délire pas, elle succombe seulement, le temps d'un bref instant, à la tentation d'une présence du mort, qui serait revenu la visiter ; elle est en analyse, et le souvenir, très lointain, de parties de cache-cache avec son cousin préféré se réanime