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ABSENCE. Tout épisode de langage qui met en scène l'absence de l'objet aimé - quelles qu'en soient la cause et la durée - et tend à transformer cette absence en épreuve d'abandon.
Soit deux petits garçons, privés momentanément de leur mère. Le premier aura bientôt trois ans : sa mère est introuvable et il hurle comme un désespéré ; son frère aîné ouvre un coffre pour le rassurer, en vain ; il hurle de plus belle jusqu'à ce que sa mère apparaisse dans l'embrasure de la porte. Le second n'a qu'un an et demi et ne montre pas de précocité intellectuelle ; en l'absence de sa mère, il reste calme et joue, en particulier à faire apparaître et disparaître une bobine au moyen d'une ficelle ; quoique plus jeune que le premier, il accomplit une grande performance culturelle ; il est visiblement plus doué pour le jeu ; il sait manipuler l'absence, s'affairer et se débrouiller ainsi sans se rebeller, alors que le premier est dans la décharge et fonctionne sur le mode de l'emprise Ces deux petits garçons deviendront psychanalystes. Le plus âgé finira par s'inventer un ersatz du jeu de la bobine : il sera un épistolier infatigable. Le lecteur aura reconnu Sigmund Freud et son petit-fils, Ernst W. Freud.
« L'absence dure, il me faut la supporter. Je vais donc la manipuler : transformer la distorsion du temps en va-et-vient, produire du rythme, ouvrir la scène du langage […]. L'absence devient une pratique active, un affairement (qui m'empêche de rien faire d'autre) », dit Barthes (1977, p. 22) qui s'y connaît en matière de séparation de la mère.
Freud va donc apprendre à produire du rythme, à fabriquer du va-et-vient en utilisant le langage pour anéantir l'espace et le temps ; démiurge, il s'essaie à créer un perpétuel présent. Il n'y a que Voltaire pour avoir écrit autant que Freud, dont on décompte environ 20 000 lettres ; prodigieuse correspondance qui lui sert à exercer son emprise : il note minutieusement sur un