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Deux tableaux : Au Siècle d'or, deux panneaux de Gabriel Metsu2 manifestement destinés à être regardés ensemble, condensent pour nous l'histoire d'une lettre d'amour : voici, pendant du « jeune homme écrivant une lettre »3, la « jeune femme recevant la lettre »4, scènes banales d'intérieur sur fond de lumière de Delft, qui pourraient être entendues comme paradigme de l'échange épistolaire.
En ces deux tableaux s'écrit et se lit une correspondance entre deux mondes qui ne se correspondent pas : d'un côté, l'univers raffiné d'un jeune galant, habit, mobilier et objet précieux, riches tapis et carrelage élégant, tableau au cadre doré proposant une scène champêtre, globe qui se devine derrière une fenêtre ouverte sur le monde ; de l'autre, la lettre fait irruption dans un quotidien plus prosaïque : dans une simple lingerie, où le rapport à l'extérieur n'existe que par le reflet d'une fenêtre dans un miroir, une jeune femme sobrement vêtue délaisse l'ouvrage qu'elle raccommode pour lire la fameuse lettre ; la chaussure abandonnée au premier plan marque à la fois attente et précipitation ; à ses côtés, une servante, d'une main tient l'enveloppe de la missive et, de l'autre, découvre une marine où se déchaînent les flots, symboles d'amours tumultueuses sans doute.
Mais, plus encore, à travers ces deux séquences, Metsu met en scène pour nous l'amour dépareillé, voire malheureux, que la correspondance, dans sa logique de l'intermédiaire, ne parvient tout de même pas à accorder.