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Ce qui, de la psychanalyse, est entré dans la culture, c'est le poids qu'elle reconnaît au passé. La formation du psychisme, sous l'emprise des pulsions et les épreuves de réalité, entre autoconservation et vie amoureuse, laisse des traces endopsychiques des premières expériences inter-et intra-subjectives. La vie infantile précoce, les premières relations d'amour, comme aussi les premiers échecs ou les limites imposées à la toute-puissance infantile, sont des expériences qui imprimeront leur marque sur la vie ultérieure. Mais quel est le destin de ces impressions, et quelles peuvent être les modalités de leur influence sur le présent et le futur ?
En effet, ces traces ne constituent nullement une « cause », encore moins une « explication en dernière instance » de ce dont souffre le sujet. Autrement plus complexes sont la négociation de telles expériences, les accompagnements et les soutiens dont elles ont pu – ou non – bénéficier. Dans un court texte intitulé « Éphémère destinée » (Vergänglichkeit), Freud évoque le deuil né de la perte de quelque chose que nous avons aimé et admiré. La douleur de cette perte reste, pour la métapsychologie, une grande énigme. Pourtant, s'interroge Freud, si les objets sont perdus pour nous, notre capacité d'amour ne redevient-elle pas libre, pour d'autres objets ? La perception, au présent, du caractère éphémère de ce que nous aimons est vécue très différemment par chacun : certains réagissent par une sorte de dégoût du monde, ce qui atteste la persistance de l'état de deuil, de l'impossible renoncement… À quel destin est donc assigné ce passé que le deuil n'entame pas ? De quel sceau est-il marqué qui empêche que le deuil se consume lui-même, par l'abandon de ce à quoi l'on est attaché, au lieu de se tourner vers d'autres conquêtes ?
Une autre source de l'emprise du passé se révèle dans la question du destin des traumas infantiles. Freud soulignait l'importance de la répétition d'expériences désastreuses. De telles expériences peuven