You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Après plus de dix années d'analyse et un premier traitement mené ailleurs, deux patientes appartenant à des entités nosologiques différentes (somatose et état limite) font le récit d'un état catastrophique de déliaison somatique, arrivé entre deux séances. Le récit de cet épisode comportait la description d'une série de sensations organiques sans affect : état syncopal, perte de sommeil, d'appétit, tremblements, tachycardie, et se terminait par la même phrase, chez toutes les deux : « Comme si j'étais en train de mourir. » Au fur et à mesure de ces récits, une représentation s'est formée dans mon esprit : la patiente avait effectué en mon absence une dramatisation d'une détresse organique parce que sans affect, ni représentation, ni objets potentiels.
L'enfermement somatique de la détresse apparaissait chez l'une dans une petite phrase incidente (« je ne pouvais même pas crier ») et, chez l'autre, dans un rêve succédant à la séance du récit, où il y avait un immense cri d'appel qui la réveillait. Ce cri, qualifié dans le récit du rêve de cri d'appel, était celui de la patiente qui, enfant, avait présenté des spasmes du sanglot avec cyanose et qui avait constaté antérieurement qu'elle n'avait jamais connu que des « chagrins de sensations ».
Dans la même séance que celle du récit de la crise de détresse organique, il y avait, dans les deux cas, un rêve de représentation théâtrale mais dans un cas la représentation n'avait pas lieu et dans l'autre le contenu était inhabituellement oublié à l'exception d'un mot (l' « œuf »). La représentation qui n'avait pas eu lieu était celle de cette détresse sans objet qui était devenue alors une sensation d'agonie. La sensation avait pris la place de l'affect rejeté et le traumatisme était devenu une trace somatique. De surcroît, le retournement de la pulsion sur la personne propre faute d'objectalisation s'accompagnait d'un effet traumatique secondaire puisque le sujet est alors amené à subir la force pulsionnelle brute, quasi biolo