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L'homme parle, il est la source. Mais la parole ne représente plus l'homme, elle le présente. La blessure infligée par Copernic et Darwin ne s'est pas résumée à la découverte humiliante de la soumission de l'humanité à un ordre naturel, cosmique et animal, dont elle ne possédait pas le gouvernement. Elle a correspondu à une crise de la pensée dont l'effet fut aussi la perte de la croyance dans la légitimité qu'assurait la cohérence entre l'ordre des choses et l'ordre de la représentation et du langage. Ce que Freud fait sien sous le terme de correction kantienne1 – se référant à ce que Kant nommait, lui, « révolution copernicienne » c'est-à-dire « critique » –, signe ce moment où la raison théorique prend acte de sa finitude : les faits sont des effets ; le perçu n'est pas le réel. Les choses et nous-mêmes sommes les terres étrangères, externe, interne, auxquelles nous n'accédons que sous l'aspect des formes que nous appréhendons. Entre le monde et ce qui de lui s'avance jusqu'à nous, obligation est donc faite de concevoir les opérations par lesquelles le donné nous est donné. Qu'il s'agisse des conditions a priori de la connaissance, du régime invisible de l'engendrement des langues, des lois déterminant l'évolution des espèces ou de la compréhension des événements historiques comme expressions manifestes d'un mouvement inconnu des acteurs, chaque fois doivent être inventées les modalités de la transformation par laquelle nous avons accès à un fond en lui-même, par lui-même insaisissable2. Un fond qui est tout à la fois réserve et fondation,