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« J'ai été amené, en chacune des occasions qui se sont présentées, à m'attarder longuement devant [les œuvres d'art]… ; je voulais les appréhender à ma manière, c'est-à-dire me rendre compte de ce par quoi elles font effet… Une disposition rationaliste ou peut-être analytique regimbe en moi, refusant que je puisse être pris sans en même temps savoir pourquoi je le suis et ce qui me prend ainsi. »1 Ce qu'évoque Freud dans ce préambule du Moïse de Michel-Ange pourrait aussi bien décrire le paradoxe et la portée des événements psychiques dans la cure. Le fait psychique, avant toute élucidation, est un effet, mais ce qu'il accomplit ne peut être compris dans le seul registre de ce qui s'éprouve.
Freud n'accorde aucune prévalence à l'intuition et à l'émotion comme outils d'une connaissance immédiate, pas plus qu'il n'élève le langage au rang d'unique fondement de la structure inconsciente. Entre les deux courants qui se sont par la suite opposés et que Michel Neyraut a regroupés sous les expressions de « psychanalyse pathétique » et de « psychanalyse rhétorique », l'héritage freudien est celui de l'exigence critique2. Sans doute est-ce par là que la psychanalyse se distingue radicalement de toute forme de psychothérapie. Si la position freudienne est une position critique, c'est non seulement parce qu'elle soutient sans relâche l'écart entre les faits et les effets – écart qui fonde l'activité théorique –, mais aussi parce qu'elle ne perd jamais de vue que la raison, si excitée par la puissance de sa spéculation, est bel et bien l'autre folle du logis3.