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Analystes, nous sommes au contact de ressentis en nous-mêmes. Nous les envisageons comme représentations et affects résultant de quelque chose qui se passe entre l'autre et nous, et dont nous posons la liaison, en quelque manière, avec des pulsions chez lui, lesquelles, à leur tour, résultent d'une excitation. Penser la figurabilité c'est évidemment tenter de concevoir ce qui se passe dans l'entre-deux, c'est-à-dire entre excitation d'une part, et représentation et affect de l'autre. Une tradition philosophique classique (et non psychanalytique) nous inciterait à envisager ce rapport sur le modèle du lien entre processus et produit. L'appareil psychique produirait des formes observables (lapsus, actes manqués, rêves) qui permettraient en retour, sur un mode archéologique, de fonder une reconstruction de la psyché d'un sujet. Mais à envisager le cours des événements sous ce jour, on a tôt fait de faire du fonctionnement mental une industrie de transformation se saisissant de la matière première pulsionnnelle pour fabriquer des produits finis type représentation ou affect, ou bien un moule à gaufre imprimant sa forme définitive à la pâte amorphe du vécu, ou encore, un champ magnétique dessinant des formes dans une limaille de fer saupoudrée au hasard sur une surface plane. On risque, par ailleurs, d'oublier que le sens, que nous ne connaissons que par la parole, excède toujours le signe linguistique (même le signe défait de sa propension référentielle). Simplement, parce que tout signe linguistique résulte d'une énonciation et que c'est dans l'écoute de cet excès énonciatif que peut se loger le travail de l'analyste. Aussi le rapport de Laurence Kahn nous invite-t-il à penser l'appareil psychique autrement : comme processus de création de figures, ou plutôt comme forme en constant travail de création de mutation, d'existence (ou d'auto-organisation pour l'exprimer selon une autre tradition métaphorique). Pour elle, dans la parole en analyse quelque chose émerge et se