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C'est avec une parfaite élégance que Laurence Kahn évoque les avatars de la forme, ses mouvances, ses fonctions, ses évanescences, dans le rêve comme dans le transfert. Ma participation à la table ronde consacrée aux « formes du transfert » m'incite à évoquer un cas clinique pour formuler des interrogations qui me furent inspirées par le rapport de L. Kahn et les discussions qu'il suscite. Il m'a semblé que les développements de L. Kahn autour de la forme, entre effet de mémoire et création de sens, concernent des analysants dotés d'un « appareil à symboliser » propre à l'organisation névrotique. Le transfert de l'analysant qui m'intéresse ici pèche, au contraire, par des défaillances de la forme qui se traduisent par un « transfert éclaté », « transfert en souffrance de forme ». La capacité de « mise en forme » devient alors elle-même un des enjeux de l'analyse. Du moins est-ce le point de vue que je voudrais défendre en interrogeant le travail analytique effectué par l'analyste devant des carences qui témoignent d'atteintes profondes du fonctionnement psychique lui-même.
Le patient dont il est question vint me trouver pour des difficultés d'adaptation sociale majeures, tant dans sa vie professionnelle que dans sa vie personnelle. Il vit replié sur lui-même, fuyant les contacts humains, envahi d'angoisse à la perspective de toute rencontre. Il me raconte un passé traumatique dont il ne garde pratiquement aucun souvenir. Les premières années de sa vie furent marquées par de multiples séparations. Finalement revenu au sein de sa famille d'origine, il y connut un climat perturbé, le mutisme alternant avec la violence et les manifestations incestueuses.
Dès le premier contact avec moi, l'angoisse est omniprésente. Nous décidons cependant d'une analyse dont le déroulement restera marqué par la persistance de l'angoisse. Tantôt totalement silencieux, tantôt balbutiant des propos quasi incompréhensibles, il me plonge dans une perplexité et une