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Il semble que nous ayons un certain mal encore aujourd'hui à nous extraire d'une sorte d'ornière conceptuelle dans laquelle une analogie suggérée par Freud semble avoir précipité pour une part le mouvement psychanalytique. Il s'agit de la fameuse comparaison selon laquelle, durant nos rêves de la nuit, nous serions comme des psychotiques. Prendre une telle remarque au pied de la lettre ne peut que mener à de graves impasses dans l'abord psychothérapeutique des psychoses. En fait, Freud dit plus précisément ceci : « Ses données [au rêve] vont parfois à l'encontre de toute notre notion de la réalité et nous nous comportons comme des malades mentaux du fait même que, tant que nous rêvons, nous attribuons aux contenus du rêve une réalité objective » (Freud, 1938)1.
Mais cette simple remarque de Freud a pu être reçue comme un prolongement de ce qui constitue par ailleurs un rêve tenace chez lui : supposer au départ du développement de chacun un narcissisme originaire qui serait complètement auto-érotique, autistique même puisque anobjectal. Un tel fantasme de Freud apparaît aujourd'hui d'autant plus étrange et paradoxal qu'il se trouve par ailleurs largement contredit dans le reste de son œuvre. Freud n'ignorait bien sûr pas que le fœtus vit en fait en état de symbiose avec les états émotifs de sa mère (l'adrénaline sécrétée par celle-ci ne manque pas de l' « informer » aussitôt, etc.). En outre, il a pris soin de bien poser que toute étude tant soit peu scientifique de l'économie psychique d'un nourrisson