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« Mon amour, as-tu soif ? Je suis femme à tes lèvres plus neuve que la soif. Et mon visage entre tes mains comme aux mains fraîches du naufrage, ah ! qu'il te soit dans la nuit chaude fraîcheur d'amande et saveur d'aube, et connaissance première du fruit sur la rive étrangère. »
Le barattage de la mer de lait, épisode d'une lutte farouche entre dieux et démons pour la conquête de l'amrita, la boisson d'immortalité, introduit les grandes épopées indiennes que sont le Mahâbharatâ et le Râmâyana. Sur les bas-reliefs des temples hindous, avec de multiples variantes et autant de répétitions qui assurent au temple sa fonction de lieu sacré, est représenté ce mythe appartenant au cycle du Dieu Vishnu, protecteur et régénérateur du cosmos. Le barattage de la mer de lait est l'occasion d'une renaissance, d'une nouvelle création qui émerge du fluide primordial. Pour agiter la mer de lait, dieux et démons se sont emparés du mont Mandara, l'un des quatre piliers cosmiques. Grâce à l'aide de Vishnu transformé en tortue et qui offre sa carapace comme assise à ce mouvement, ce barattage produit toutes sortes de créations essentielles dont l'amrita, mais aussi la santé, la richesse et tant d'autres merveilles.
Ce récit fut une des métaphores possibles d'une recherche sur la femme et l'allaitement, qui dans le bouillonnement d'une mer de lait a tenté d'y préciser certains de ses objets2. Or, au-delà du lien trop manifeste entre l'allaitement et l'oralité, la question s'est posée de l'entrelacement de toutes les pulsions partielles, de leur reprise dans la génitalité et de leur symbolisation