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Qu'il existe des affinités entre oralité et génitalité est une telle évidence qu'on éprouve quelque gêne à s'y attarder. En dehors du fait que l'érotisme de la bouche est profondément engagé dans la sexualité de l'adulte, le langage de l'oralité sert à exprimer l'acte sexuel, l'amour comme la tendresse. Les fantasmes oraux s'y déploient tant dans leur dimension de dégustation douce que dans celle de la dévoration fougueuse et brutale, à cru, et dans l'évocation des préparations culinaires (passer à la casserole, mettre un bébé au four) dont sont l'objet ceux qui sont aimés et désirés.
Pourtant, les contenus oraux de certains rêves dont l'analyse révèle le sens sexuel suscitent chez le patient, quand ils se rattachent à la dévoration ou à la mise au four ou à la casserole, une horreur et une angoisse qu'il arrive encore que l'analyste partage.
L'utilisation d'un contenu manifeste effrayant pour déguiser le désir sexuel tout en exprimant l'angoisse qui lui est liée n'est-elle pas le paradigme du travail du rêve ? Songeons à l'analyse que fit Freud du rêve cauchemar de l'homme aux loups.
Ce sont les pulsions à but passif (être pénétré, subir le coït du père), celles qui renvoient pour Freud à l'angoisse de castration, qui trouvent leur déguisement le plus adéquat dans la fantasmatique de l'oralité : être dévoré, mordu permet d'écarter de la conscience l'idée du sexe, tout en conservant l'angoisse qui se trouve ainsi justifiée, ramenée au danger bien compréhensible d'être dévoré.
Ainsi, le déguisement par l'oralité, plus fréquent chez les femmes, réalise un maximum d'aveuglement qui contraste avec la facilité avec laquelle le commun des mortels admet que les métaphores orales expriment l'amour et le désir les plus vifs.