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En français, l'expression « anorexie mentale » évoque bien un syndrome dont l'origine serait fondamentalement psychique. Dans les recherches médicales sur son étiologie, l'invocation de la biologie est momentanément passée de mode. L'échec des explications organicistes (notamment endocriniennes) va de pair avec les moyens mis en œuvre dans les thérapies courantes ; celles-ci combattent les carences nutritionnelles au niveau des symptômes alimentaires quand des troubles métaboliques deviennent menaçants, mais la « maladie » elle-même est considérée comme relevant de traitements psychologiques ou de cures analytiques. Elle est devenue l'exemple typique d'un syndrome lié aux processus culturels, comme en témoignent de nombreux articles publiés dans des revues telles que l'International Journal of Eating Diseases. On note surtout que la géographie de l'anorexie se limite aux pays industrialisés et aux franges les plus occidentalisées de certains autres pays.
Assez curieusement, cette distanciation n'empêche pas une clôture de l'horizon : nous voyons la profondeur diachronique disparaître avec la fascination exercée par un fait social d'apparition très récente ; l'idéal médiatique d'une silhouette féminine extrêmement mince est devenu sous le nom de weight phobia un critère pathognomonique dans la définition de l'anorexie mentale. Cette nosologie va pourtant au rebours de la diversité historiquement attestée dans le champ des motivations alléguées par les patientes depuis quelque 120 à 140 ans que le corps médical a défini le syndrome ; le paradoxe apparaît encore plus manifeste quand on évoque des anorexies tissées sur la trame d'un discours mystique.
En effet, les investigations sur les cas les plus anciennement attestés convergent avec les études menées par les historiens de la spiritualité dans le champ de la mystique médiévale, notamment le cas emblématique de sainte Catherine de Sienne († 1380), morte d'inanition volontaire vers 33 ans. Des