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« Vous êtes ouverte dès le départ… Buvez votre son, buvez-le jusqu'au bout. Ça fait couler la voix derrière l'ossature du visage… Avalez votre souffle… Attention, c'est un sol aigu ! Vous avez une bouche à hauteur des yeux… Ici, c'est le contraire, pour un la grave la bouche est au niveau de l'estomac… Maintenant, faites un trille plus mordant. Voilà, c'est bon ! Goûtez votre note, savourez-la… Oui, oui, caressez vos cordes vocales, dans quelque chose de velouté… »
De telles indications font l'ordinaire de tout cours de chant. Ces exercices de bouche - ou plutôt ce théâtre interne de la voix - trouveront sans doute leur place dans ce numéro consacré à l'oralité. Leur description restera évidemment le témoignage personnel d'une chanteuse, à un moment de son parcours2.
Tenter de penser la voix du lieu du pur plaisir interne des sensations kinesthésiques, plutôt que dans son adresse à l'autre, dans son effet de fascination ou d'emprise, dans sa relation première à la mère, ce qu'a élaboré richement Marie-France Castarède dans un travail mené depuis plusieurs années3.
Tenter de mettre des mots, car il est plus aisé en fait d'imaginer que d'écrire, sur un phénomène anatomo-physiologique certes, mais d'une mystérieuse évanescence, fugace, quasi insaisissable - du strict point de vue corporel de l'oralité - et d'en saisir quelques enjeux psychanalytiques.