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Reconnaître que des aspects du comportement humain tels que le fonctionnement mental et l'humeur affective, fortement marqués par l'oralité, ont leurs origines dans les toutes premières années de l'enfance et se présentent comme un distillat psychique de l'interaction initiale entre la mère et l'enfant, nous conduit à mener notre présente étude dans une situation désavantageuse : les données pertinentes ayant trait à l'intimité de la première enfance de Conrad sont en effet extrêmement rares. Nous connaissons certes quelques faits et nous disposons de quelques indications, rapportées ailleurs, sur le caractère de la mère de Conrad, Evelina Korzeniowska. Mais aux oreilles des cliniciens, accoutumés à entendre les accents insistants et répétés des chants de l'enfance de leurs patients, ces données doivent sembler bien pâles. Je suis de ce fait obligé, dans cette étude, de prêter une attention toute particulière à des commentaires que des observateurs de Conrad adulte ont fait sur lui, et de combiner ces observations avec ce que, dans son art littéraire, l'on peut considérer comme le plus révélateur de lui-même. Heureusement, ces deux types de sources sont suffisamment abondantes et riches et leurs significations assez transparentes pour compenser la relative insuffisance de l'histoire des débuts de la vie de cet écrivain.
Au cours d'un voyage en train pour rejoindre le sud de la France, où les Conrad se rendent pour passer des vacances d'hiver, quelques mois après la naissance de leur second fils, John, en août 1906, Joseph Conrad a un geste