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Quelle est l'essence même de la pratique analytique ? Est-elle immuable ou - avec l'évolution de sa théorisation - a-t-elle subi des transformations ? Voici le propos de l'ouvrage de Thierry Bokanowski. Il commence par un exposé rigoureux des fondements de la pratique analytique : méthode, règles, concepts. La méthode analytique repose sur l'utilisation du transfert sur l'analyste, transfert des relations d'objet du passé oublié. Dès lors que le cadre spatio-temporel (divan-fauteuil, rythme et durée des séances) est installé, l'exercice de l'association libre et des récits de rêve de l'analysant enclenche un processus d'actualisation du transfert que l'interprétation mettra en travail.
Thierry Bokanowski engage aussitôt le débat central : Y a-t-il adéquation entre la méthode et les buts de l'analyse ? Il résume les visées de l'entreprise analytique par l'intermédiaire d'une phrase de René Diatkine : « Prendre du recul, avoir acquis de l'insight, devrait avoir libéré suffisamment d'humour envers soi-même et de tendresse envers son prochain pour permettre une existence agréable pour soi et pour les autres. » Et d'entrée de jeu, il rappelle l'historique de la discussion sur la méthode - ses effets, ses limites -, telle qu'elle est magistralement exposée dans le texte princeps d' « analyse avec fin et analyse sans fin », véritable testament de Freud relatif à la pratique analytique. Freud y interroge les échecs de la méthode aux prises avec des répétitions de transfert qui ne permettent pas de retrouver un passé remémorable. Analysant et analyste se heurtent à des résistances féroces, à des réactions négativistes que Freud rattache au refus de vivre une position de passivité réceptive ; car cette position d'accueil à la relation analytique demanderait au