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Quand on rêve des grandes figures mythiques féminines, on a quelque difficulté à les imaginer flanquées d'une famille ou plus, comme des femmes d'« intérieur » en train de confectionner des « Knödel » pour une tablée d'enfants affamés. Ainsi en est-il pour Penthésilée, la reine des Amazones, celle qu'Ulysse dépeint comme une « furie errante ».
Comment Freud traite-t-il donc cette mère de famille ? Le plus souvent sous des traits peu amènes, c'est le cas pour la mère de Dora. Il n'est certes pas le seul à avoir cette vision de la femme, bien des penseurs de son temps, plus encore ceux qui l'ont précédé, évacuent toute idée de changement du statut féminin, tout en soutenant la nécessité d'une révolution sociale. Pour Auguste Comte, le sort naturel de la femme est d'être entièrement dévolu à la vie et au monde domestiques. Quant à Pierre-Joseph Proudhon, il affirme que la différence des sexes sépare l'homme de la femme comme la différence entre espèces sépare les animaux.
Nous nous interrogerons ici sur le destin de certaines utopies révolutionnaires et sur leur vision de la famille. Si toutes veulent changer le monde qui leur semble imparfait en rêvant d'un âge d'or, celui d'avant la chute et le péché, toutes n'utilisent pas forcément les mêmes moyens pour parvenir à ce paradis d'où l'on aurait chassé le mal, la fatigue et la maladie. Une question les différencie, celle du statut de la femme et du rapport entre les sexes, l'émancipation de la société peut-elle se faire sans une émancipation féminine ? Si Charles Fourier soutient que l'on doit juger « de la civilisation d'un peuple par le degré d'influence dont jouissent les femmes »1, il nous a toujours