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Œdipe, selon Freud, a somme toute bien de la chance. Appartenant à une famille qui serait aujourd'hui qualifiée de traditionnelle (naguère nucléaire), il n'aura, a priori, pas trop de difficultés à résoudre ses « complexes ». Bercé, nourri par celle qui lui a donné naissance (et non par une autre), il trouve en elle la « personne secourable »1 (p. 337) et « bien au courant » (p. 336) apte à répondre à ses besoins. Il s'attache à elle qui sait lui procurer de la satisfaction. Du désir et de l'amour l'unissent bientôt à elle qui reste là, fidèle au poste. Ses sentiments s'étayent sur les liens de nécessité.
Certes, comme toute mère, elle s'absente et manque parfois, occasionne aussi des frustrations. Elle en a d'autres à aimer, petits et grands. Il lui arrive même de se faire remplacer par un horrible étranger. Mais elle revient toujours, et chacun sourit à l'autre.
Selon notre histoire traditionnelle, le père de l'enfant se dessine en l'étranger; un être familier aussi puisqu'il vit avec la mère. Les parents s'aiment et aiment leur enfant, ils supportent l'expression de ses jalousies et de ses mécontentements.
Les sentiments ambivalents de notre petit Œdipe envers ses parents le rendent parfois morose ou coléreux. Il va lui falloir s'habituer à toutes ces déconvenues, apprendre à s'occuper seul; mais il les sait toujours là. Le temps venu du déclin de son « complexe », il les désidéalise, non sans avoir pris d'eux ce qu'il faut pour s'identifier à eux et à leurs prérogatives. Ainsi peut-il, sans dommages, se détourner d'eux pour, à l'adolescence, se centrer sur ses pairs. Papa et maman, toujours là, attendent, à bonne distance, qu'il leur donne bientôt un (petit) enfant.