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Dans « Le roman familial des névrosés » Freud s'avance peut-être un peu trop lorsqu'il dit que la mère est certissima et que l'enfant « se borne alors, en effet, à placer haut le père sans plus mettre en doute le fait, désormais irrévocable, que l'enfant descend de la mère » (Freud, 1909, p. 159). Où faut-il chercher l'origine de tant de certitude sinon dans celle qu'avait Freud concernant sa propre mère ? Mais, penserons-nous, comment le savait-il ? Freud n'avait pas, plus que d'autres, eu conscience de sa propre naissance, et s'il avait prétendu qu'il l'avait, nous le considérerions comme un schizophrène. Freud qui considérait que toute motion, production ou structure psychique avait un fondement biologique et corporel aurait pu, tout au plus, dire que l'enfant, du fait de sa naissance et de son issue hors du corps de la mère avait une certaine conscience de son arrivée au monde et que, de ce fait, il était issu d'un corps de mère, toutefois, ce « traumatisme de la naissance » dont il fut tant question au début de la psychanalyse, reste un phénomène anonyme et n'est pas suffisant pour doter l'enfant d'une mère. Avoir une mère reste, malgré l'apparente évidence des choses, une démarche complexe qui demande une capacité déductive. Il faut pour cela être sorti aussi du syncrétisme de la fusion.
À y regarder de plus près, c'est peut-être ce que semble dire Freud car c'est « sans plus mettre en doute » que l'enfant en arrive à sa conclusion. Il avait donc douté. En fait, la seule personne qui ait été véritablement consciente de la naissance, c'est la mère elle-même. Il faut donc que ce soit elle qui le lui ait dit ou fait comprendre. Mais, comment ? Le lecteur l'aura deviné, c'est par l'investissement libidinal et les soins corporels prodigués par elle: allaitement, toilette, babillage, sourires, regards, etc., toutes choses qui fonderont le lien entre ce qui sera plus tard sa mère dont il deviendra l'enfant, lien qui s'établit par une relation infraverbale qui est cons