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Il n'est pas rare que dès le premier entretien, un patient raconte d'emblée un événement tragique qui a marqué son enfance ou sa vie plus récente, l'impliquant directement, lui ou certains membres de sa famille, dans une histoire traumatique. Les thérapeutes connaissent les difficultés rencontrées auprès de ces patients, et savent le sentiment qui est le leur, face à un tel poids de la réalité. Pourtant, s'impose vite la conviction que la seule voie possible est bien celle d'un long et patient travail d'élaboration.
Il arrive aussi parfois que nous soyons confrontés à une absence de souvenirs nous faisant vivre un blanc, dont on sent bien que le manque de contenus représentatifs peut porter sur une méconnaissance d'événements traumatiques, vécus par d'autres, par une autre génération par exemple. Ceci a été bien décrit par Haydée Faimberg (1993), dans son texte intitulé À l'écoute du télescopage des générations. Qu'il connaisse et transmette ou non le récit des événements traumatiques, le patient parfois, le thérapeute souvent, sentent ce qui travaille en négatif chez le sujet, à son insu. Ces configurations particulières nous ramènent à la question du devenir des éléments traumatiques dans la psyché du sujet qui fait une demande de soin, sachant que la nature de ces événements concerne toujours une ou plusieurs autres personnes qui font partie, soit de l'entourage actuel immédiat, soit de la constellation familiale concernant une ou deux générations qui ont précédé.
Ma patiente est âgée de 45 ans. Elle est psychologue. Elle est venue me trouver dans un état très dépressif, au moment où elle se séparait précipitamment d'un ami avec qui elle vivait depuis trois ans, le quittant avant qu'il ne l'abandonne car elle avait appris qu'il avait une liaison avec sa secrétaire. Elle revivait à travers cette séparation un deuil resté en suspens depuis trois ans,