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« Singulière mélancolie »: un beau titre pour le n° 3 de Libres cahiers pour la psychanalyse. Le caractère chinois signifiant la mélancolie représente « l'automne sur le cœur »; il répond peut-être plus à l'esprit qui anime l'ensemble des textes proposés dans cette publication que la figure de la Melancholia de Dürer dont la force et la colère expriment, dans son attitude d'impuissance momentanée, la détermination farouche, le refus d'abandonner l'objet de son étude, son objet.
Freud ne s'est pas intéressé à la composante esthétique du concept de mélancolie. Il s'est attaché à « étayer sa réflexion sur l'opposition essentielle du deuil et de la mélancolie », nous rappelle le préambule de ce numéro, « le deuil autorise le moi à se sauver en quittant l'objet; la mélancolie autorise le moi à sauver l'objet en se perdant ».
C'est d'ailleurs sur « Les enfants du deuil », traduction d'une communication de José R. Assandri, qu'ouvre la revue, suivie d'un texte porteur d'une interrogation à la réponse impossible: « La Décision ». Jean-François Daubech expose le cas d'une jeune femme, mère d'un premier enfant, qui décide d'abandonner le second dont elle vient d'accoucher, parce qu'elle « ne veut rien retirer au premier et n'accepte pas l'idée de ne pouvoir aimer le second avec autant de force ». Impossible de découvrir la nécessité qui a animé cette patiente, écrit l'auteur qui se résout à envisager, contre-transférentiellement, « le fait qu'une certaine représentation métapsychologique relative à la mélancolie se soit imposée à moi ».
Entre le meurtre et le suicide, Claude Arlès soulève la question de cette « Lame de fond » qui fait basculer l'un vers l'autre, choisir l'un plutôt que l'autre,