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Chacun connaît la remarque par laquelle Freud conclut le chapitre sur la technique psychanalytique dans l'Abrégé de psychanalyse, rédigé en 1938 : « L'avenir nous apprendra peut-être à agir directement, à l'aide de certaines substances chimiques, sur les quantités d'énergie et leur répartition dans l'appareil psychique. Peut-être découvrirons-nous d'autres possibilités thérapeutiques encore insoupçonnées. Pour le moment, néanmoins, nous ne disposons que de la technique psychanalytique, c'est pourquoi en dépit de toutes ses limitations, il convient de ne point la mépriser » (Freud, 1964, p. 32).
Dans sa thèse inaugurale de 1969, le philosophe américain Daniel Denett déclarait : « Le problème des rapports entre le cerveau et la pensée, qui était jusqu'à présent demeuré dans le champ de la philosophie, est entré maintenant dans le domaine des sciences neurobiologiques » (D. Dennett, 1969). Il ne fait pas de doute que cette révolution épistémologique (terme rebattu, ici légitime) tenait en partie à des événements antérieurs : la découverte, dans les années 1950, de médicaments agissant sur des anomalies bénignes ou graves, aiguës ou chroniques, de l'activité mentale.
De tout temps et dans toute civilisation, semble-t-il, on a usé de substances naturelles pour modifier l'activité de l'esprit. Les unes étaient jugées stimulantes, d'autres sédatives, d'autres enfin, enivrantes. Cette pharmacopée de l'esprit ne semble guère, cependant, avoir invité prêtres et philosophes à s'interroger sur les enseignements à en tirer pour la compréhension de la vie mentale. Cela tient sans doute à leur ignorance des liens entre l'esprit et le cerveau. Il faut attendre le XIXe siècle pour voir un aliéniste, Moreau de Tours, poser clairement, à propos du haschich, le rapport entre certaines formes d'aliénation mentale et les effets psychiques d'une drogue.