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J'ai consacré très peu du temps passé sur un divan à parler des médicaments que je prescrivais à presque tous mes patients. Psychiatre, je m'étais vite rendu compte qu'il était plus difficile de ne pas prescrire que de le faire. Ça n'était pas plus simple pour autant, et que cela vienne de moi, d'eux, ou plus obscurément de nous, j'observais très tôt quelques phénomènes extravagants affirmant l'existence d'une psychopathologie de la prescription médicamenteuse. Je passe rapidement sur les fois où je fais d'abord figurer sur une ordonnance le nom d'un autre patient que celui qui est en face de moi, pour m'attarder sur une occurrence non exceptionnelle : celle où c'est mon propre nom que je fais d'abord figurer en lieu et place du nom du patient. Geste qui n'a rien de machinal puisque mon nom est imprimé sur l'ordonnance, et que je n'ai jamais à l'y inscrire. On peut y voir la marque d'un mouvement d'identification au patient, y déceler un trait du climat symbiotique préludant souvent à la fin d'une consultation, mais il me semble que l'on doit grâce à cet « acte manqué » se demander si l'ordonnance s'adresse toujours exclusivement au patient. De même, intrigué par une question un peu saugrenue d'un patient que je découvrais depuis peu, je me suis surpris à chercher dans le Vidal1 le nom du patient, et non celui du médicament.
Vingt-cinq ans de prescriptions et d'échanges avec mes collègues m'ont convaincu de l'extraordinaire complexité du geste de la prescription. Quasi obligé, quadrillé par un grand nombre de contraintes (indications, contre-indications, règles d'association, recommandations officielles diverses, etc.),