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Anton Tchekhov, dans une nouvelle intitulée « Salle 6 », raconte l'histoire d'un médecin vieilli et fataliste qui finit par découvrir que le seul homme présentant un certain intérêt dans la petite ville où il exerce est un malade mental interné dans le pavillon des aliénés. Il se détourne alors de ses amis, devient taciturne et rompt de vieilles habitudes qui ont perdu toute signification pour lui. Ses anciens camarades sont pris alors d'une grande sollicitude, ses collègues supposent que son attitude est liée à un abus de vodka, sans mettre un instant en cause leur propre médiocrité. Le plus attentif d'entre eux lui apporte un jour une potion calmante, premier symptôme du processus par lequel les autres entérinent la rupture du dialogue et qui conduira le vieux médecin déprimé à devenir à son tour pensionnaire de cette Salle 6, où il ne tardera pas à mourir.
Il ne faut jamais, bien sûr, prendre à la lettre le fruit de l'imagination d'un écrivain, même s'il est médecin comme Tchekhov. Mais un psychothérapeute ne peut manquer d'être impressionné par cette description de la solitude de celui que l'on écoute et que l'on comprend comme un aliéné, et à qui l'on répond par une médication. Certes, nos moyens thérapeutiques sont sans commune mesure avec ceux dont disposaient les psychiatres des générations précédentes, mais c'est l'efficacité même des médications que nous utilisons qui nous oblige aujourd'hui à réfléchir sur la signification et les implications psychologiques de nos prescriptions. Nous avons été très heureux de l'initiative de nos collègues lyonnais, et nous les remercions d'avoir bien voulu nous inviter à discuter avec eux sur ce point important de notre pratique quotidienne.