You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
W. Bion vient d'être accepté au « Queens Collège » lorsqu'il s'engage à 18 ans dans l'Armée britannique, en 1917. Il est d'emblée lieutenant dans les chars et tient alors un journal, qu'il perd. Il semble qu'il n'ait jamais pu écrire à ses parents ; pourtant c'est pour le leur offrir qu'après sa démobilisation il le rédige à nouveau, tient à leur communiquer ses « impressions », et s'il ouvre son récit en disant « qu'il n'est pas sûr de l'exactitude de certaines choses », il se veut précis puisque, au besoin, il le complète par des croquis et des photos.
Le futur psychanalyste de 20 ans a déjà compris qu'il y a un travail de la mémoire, et seuls ses analystes pourraient interpréter le sens de cet oubli « réparé » à l'égard de ses parents. En réalité peu importe. Le texte qui nous est proposé, miraculeusement retrouvé, en dépit de ses excès d'adjectifs et de détails, ses maladresses de style ; transmet plus que bien d'autres l'horreur que fut cette guerre et ce que pouvait vivre au front un tout jeune homme « de bonne famille », expérience de la terreur mais aussi des rapports humains dans des circonstances dramatiques, expériences qui seront au cœur de son œuvre ultérieure. Ce jeune homme de 18 ans a peur, le laisse transparaître avec pudeur et n'est pas dupe du panache qu'il affiche parfois. Avec lucidité, il rapporte ce qu'il vit et voit, tout en portant un regard critique sur les discours qui ont entouré son enfance et son adolescence. Ainsi, rapportant une conversation avec un camarade, il écrit : « Nous ne nous trouvions ni l'un ni l'autre, en aucune manière, enthousiastes pour la guerre, sa justice, sa gloire. Les idées sur le bien et le mal lui semblaient “déplacées comparées à la mort de”… »