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« Sentir profondément quelque chose, c'était créer un abîme entre soi-même et les autres qui, eux aussi, sentent profondément peut-être, mais différemment. »
Si on admet que le risque somatique existe chez tout individu, il est à mettre en relation avec la possibilité ou non de liaison des excès d'excitation. À partir d'un exemple clinique qui conjugue une maladie somatique chronique et une décompensation à l'adolescence, je voudrais réfléchir aux effets sur l'économie psychosomatique d'une éclosion pubertaire vécue selon un mode traumatique.
Avant d'évoquer Anna, je vous rappelle, pour mémoire ce que Freud nous dit des traumatismes dans Moïse et le monothéisme : « Les traumatismes ont deux sortes d'effets, des effets positifs et des effets négatifs. Les premiers constituent des tentatives pour remettre le traumatisme en valeur, c'est-à-dire pour ranimer le souvenir de l'incident oublié ou plus exactement pour le rendre réel, le faire revivre… Les réactions négatives tendent vers un but diamétralement opposé… Tous ces phénomènes, les symptômes comme les rétrécissements du moi et les modifications permanentes du caractère ont un caractère compulsionnel… Ils constituent, pour ainsi dire un état dans l'État. »
Nous verrons que tous ces effets vont se retrouver chez cette jeune patiente.
Lorsque je rencontre Anna pour la première fois, je suis frappée par sa stature imposante, plutôt désarticulée et gauche et par son visage extrêmement infantile de « gros bébé joufflu ». Une épaisse frange cache ses yeux et des