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Parler de séduction traumatique, c'est déjà construire une alliance de mots à potentialité paradoxale. Son aire de signification s'organise entre deux pôles.
À l'un des pôles, on pourrait dire que toute séduction est traumatique : c'est bien pour cela qu'elle trouble et détourne (se-ducere). Par définition, la séduction entraîne là où l'on n'était pas prêt à aller, impose avec insistance une personne comme incontournable, crée une potentialité passionnelle dans le choc - même a minima - qu'elle suscite.
La scène du coup de foudre entre Colin et Chloé dans L'Écume des jours de Boris Vian en donne une version caricaturale qui met cet élément dans une particulière évidence :
«— Vous la connaissez?… dit Colin. Je lui ai dit une stupidité et c'est pour ça que je m'en allais.
Il n'ajouta pas qu'à l'intérieur du thorax, ça lui faisait comme une musique militaire allemande, où l'on n'entend que la grosse caisse.
— N'est-ce pas qu'elle est jolie ? demanda Alise.
Chloé avait les lèvres rouges, les cheveux bruns, l'air heureux et sa robe n'y était pour rien.
— Je n'oserai pas ! dit Colin.
Et puis, il lâcha Alise et alla inviter Chloé. Elle le regarda. Elle riait et mit sa main droite sur son épaule. Il sentait ses doigts frais sur son cou. […] Chloé