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« Il ne me fallut pas longtemps pour perdre intérêt à la vie. Je me retrouvai bientôt quasi désespéré. (…) Je me surpris souhaiter être tué car au moins alors je me serais débarrassé de cette intolérable détresse. (…) Je n'étais qu'une insignifiante parcelle d'humanité persécutée au-delà de tout seuil de tolérance… »
Nul ne se doutait que cette belle journée de printemps s'achèverait dans les larmes et le sang, prélude à l'horreur : une guerre de plus d'une quinzaine d'années dont aucun survivant ne sortirait indemne.
Je n'évoquerai pas cette guerre d'un point de vue politique, historique. D'autres l'ont fait bien mieux que je ne le ferais. Les dates, les faits ne m'intéressent guère ici. Dans cet écrit, j'interpelle ma mémoire, mes souvenirs, certains encore intacts, d'autres probablement altérés par le temps. J'interpelle des « moments » qui m'ont marquée, étonnée et fait réfléchir depuis. Des moments où vie et mort se confondaient, se croisaient, se séparaient ; où les pulsions de vie prenaient le pas sur les pulsions de mort pour leur céder ensuite la place. Une vie pavée de sables mouvants, faisant de nous des morts en sursis. Cette vie souvent communautaire — les bombardements nous jetant dans des abris de fortune des journées et des nuits entières, parfois même durant des semaines, sans discontinuer — est celle que je tenterai de décrire.