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Dans un travail précédent (« La cruauté de l'effraction », 1994) j'ai engagé une réflexion sur la cruauté en partant de la théorie du traumatisme telle qu'elle est envisagée par Freud, à partir de 1920, qui concerne l'effraction du pare-excitant. J'avançais alors que la cruauté était une forme de sadisme, l'acte cruel ayant pour but de traumatiser, le traumatisme étant à entendre dans son sens étymologique d'effraction. Étrangement, c'est une élaboration sur le courant tendre et ce que j'ai appelé la pulsion de tendresse qui me ramène à cette question et infléchit mes idées concernant la cruauté. À ce jour, je pense que les pulsions d'autoconservation peuvent se décomposer en une pulsion de tendresse et en une pulsion de cruauté. Elles sont non sexuelles mais peuvent être associées aux pulsions sexuelles; elles sont préambivalentes, leur but est la préservation du narcissisme. Cet article est centré sur la pulsion de cruauté en partant des notions de cruauté et de pulsion de cruauté telles qu'elles ont été envisagées par Freud chez qui j'ai trouvé les premiers éléments d'une nouvelle élaboration.
La racine indo-européenne kreu exprime les notions de « chair crue, saignante », « sang répandu ». En latin cruor signifie « le sang répandu », crudus : « saignant », crudelis : « qui se plaît dans le sang », qui est cruel. On remarquera par ailleurs, que J. Laplanche et J.-B. Pontalis n'ont pas retenu cette notion comme entrée dans leur Vocabulaire de Psychanalyse, bien qu'elle s'y trouve mentionnée dans cet ouvrage à l'article consacré à la pulsion d'emprise.
Dans les Trois Essais, Freud commence à formaliser sa conception de la cruauté et de la pulsion de cruauté et en propose la version la plus achevée. La cruauté est une notion qu'il a peu travaillée. Après avoir défini le sadisme