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S'éprendre de la vie, se prendre et se déprendre de la réalité, voilà ce que la psychanalyse a problématisé sous le vocable de « sadisme primaire ».
Alexandre Minkowski, célèbre figure de la néonatalogie, avait coutume de dire qu'il lui suffisait de regarder, lors de sa visite quotidienne, chacun des prématurés de son service, pour savoir ceux d'entre eux qui s'en sortiraient, « parce qu'ils voulaient vivre ».
Mais pour vivre, il faut pouvoir intriquer les différents aspects des pulsions : non plus seulement « avaler », comme c'était le cas in utero, mais bien « téter », avec ce que cela comporte de fermeture du sphincter buccal, puis, très vite, « mordre », avec ce que cela comporte de délicat discernement entre l'objet que l'on tète et celui que l'on mord. Les mères qui continuent à allaiter un bébé au cours et au-delà de sa poussée dentaire peuvent témoigner de cette intrication.
Intrication indispensable que celle du sadisme oral, pour la suite du développement psychique. En effet, « morsure », « meurtrissure », « meurtre », les substantifs intéressant ce qu'Abraham a décrit comme « le second stade oral » (K. Abraham, 1924)1 annoncent la cruauté, le cannibalisme, la dévoration, la disparition de l'objet, faute de quoi il n'est point de deuil de cet objet, donc, point de constitution d'un objet interne. On se souviendra de la géniale communication d'Abraham à Freud2 sur sa découverte, lors d'une excursion dans les Dolomites, du caractère incontournable de la voie cannibalique dans le processus de