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Dès qu'on évoque le sadisme, on pense à des pratiques sexuelles perverses où la jouissance réside dans un faire souffrir, humilier, rabaisser l'autre, par exemple en l'attachant, le fouettant, etc.
Mais ce ne sont pas ces situations caricaturales et somme toute assez rares que nous voudrions mettre en lumière; au contraire nous voudrions nous attacher à des situations banales, courantes, de la vie quotidienne dans lesquelles un sadisme quasi invisible découle de la nécessité « morale » de remporter une victoire sur l'autre, dans un besoin d'affirmation de soi qui a pour pendant obligé l'humiliation, voire la négation de cet autre; la plupart du temps il s'agit tout simplement d'avoir raison contre un autre qu'il faut alors « mettre en tort » et dans ce registre, sa culpabilisation est l'arme la plus employée et la plus redoutable; au fond, le sadisme serait une défense narcissique contre l'angoisse liée à l'impuissance, à la passivité et à la dépendance vécues comme menaçant l'intégrité du Moi et le sentiment de sa propre valeur; comme l'écrit Freud : « Les modèles exacts de la relation de haine (dont le sadisme en est l'expression majeure) ne dérivent pas de la vie sexuelle, mais du combat du Moi pour sa conservation et son affirmation. »1 Ainsi le sadisme, comme le dit Paul Denis2, est avant tout un destin de l'emprise.
Parmi les nombreuses formes que peut prendre ce sadisme ordinaire, nous choisirons d'abord deux aspects du même besoin d'une image idéale de soi qui, dans un cas pousse à être soi-même victime du sadisme de l'autre et, dans le deuxième cas, pousse à sadiser l'autre. Puis nous essaierons de réfléchir sur le rôle de reprise de contact avec le réel que peut prendre le sadisme dans des contextes où l'ennui a nivelé les affects.