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Dans le développement normal de l'individu, l'amour modifie la cruauté; afin de la perpétuer, quelque chose doit être fait afin d'empêcher l'amour humain d'agir. Le maintien de la pratique de la cruauté me paraît impliquer la mise en œuvre d'une étroitesse d'esprit singulière et résolue, ayant pour fonction d'évacuer l'humanité en nous et d'empêcher l'intelligence de modifier la cruauté. Une cruauté « inhumaine » est la conséquence de ce processus.
Ce processus apparaît lorsque l'on considère le mythe d'Œdipe sous l'angle du rôle que jouent les dieux. Le dieu Apollon prédit qu'Œdipe tuera son père Laïos et épousera sa mère Jocaste. Aucune intervention d'un mortel, c'est-à-dire d'un humain, ne pourrait empêcher la prédiction divine de se réaliser. Nous voyons ici à l'œuvre l'obstination toute-puissante et bornée : rien ne peut entraver la détermination omnipotente du dieu.
Le seul espoir de Laïos était qu'Œdipe ne survivrait pas. La contre-cruauté est ici présentée comme la seule solution. Œdipe est remis à un berger qui reçoit l'ordre de l'abandonner sur une montagne; la compassion humaine, l'antidote de la cruauté, intervient dès lors que le berger n'a pas le cœur assez dur pour faire cela et confie l'enfant à un autre berger, celui-là corinthien. Mais cette humanité ne sert finalement à rien.
Par suite d'un destin cruel, Œdipe tue son père au cours de son voyage afin d'échapper au parricide, soulignant ainsi de nouveau l'impuissance de l'intelligence humaine. Après avoir épousé sa mère, Œdipe doit trouver l'assassin de son père et s'engage sur cette voie avec ténacité en écartant tout