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Ma pratique quotidienne avec des patients limites et la spécificité de leurs quêtes m'amènent à me pencher sur certains aléas de l'analité et ce qu'ils semblent entraîner. Je laisserai délibérément de côté la problématique de l'analité en tant que caractère anal. J'aimerais envisager l'analité comme un pivot, un moment organisateur et une période de métamorphose de la relation aux autres et à soi-même, un temps de fortes stimulations où les modalités de réponse de l'environnement et ce que l'enfant va pouvoir en faire, vont entraîner pour lui un début d'organisation moïque et de différenciation. L'analité pourrait être appréhendée comme un carrefour libidinal, où narcissisme et relation d'objet s'entrecroisent. Winnicott parle d'un temps où se développe « la capacité à être seul en présence de l'objet ». Il montre toute l'importance de la constitution d'un lieu psychique, d'un espace subjectif de « jeu », pour aborder les défis ultérieurs et pour vivre indépendamment de l'intrusion ou du lâchage de l'objet. C'est cette appropriation subjective, qui relève bien d'un processus de symbolisation de l'expérience de soi, qu'il s'agit de constituer.
L'analité est également un temps de cicatrisation possible ou de réélaboration « après coup » des traumas primaires, blessures et effractions de toutes sortes auxquelles l'immaturité du moi de l'infans n'a pu donner un statut enregistrable et métabolisable. On sait que ces vécus archaïques non représentés, restés en attente, mus par un appel pulsionnel inlassable, reviennent automatiquement