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Ce numéro très riche interroge et approfondit la fameuse formule freudienne « le Moi est avant tout une entité corporelle », et remet en question le statut du corps pour la psyché : le plus souvent considéré comme simple support ou contenant, ne serait-il pas en fait, comme le pense R. Angelergues, « la source même et l'animation de l'activité psychique » tout au long de la vie ? Si l'on admet avec Winnicott que le sentiment d'existence se construit à partir des relations physiques primaires avec la mère, quelle place accorder à la mise en présence des corps dans la rencontre psychanalytique avec les patients psychotiques, dont les ressentis corporels sont tantôt totalement niés tantôt envahissants à l'excès ? Comment prendre en compte, penser et interpréter dans le travail analytique le matériel infraverbal, sensoriel et émotionnel, qui circule entre les corps, tout en offrant un cadre suffisamment contenant et pare-excitant ?
Une partie des textes est consacrée aux aménagements techniques importants souvent nécessaires pour constituer un « bouclier de Persée » médiateur dans cette confrontation entre les corps : utilisation simultanée de plusieurs espaces thérapeutiques, psychodrame, psychothérapie de relaxation.
Anne-Marie Baumgarten évoque, vingt ans après, le mémorable cas de Nathalie, « cas historique » pour le Centre où elle était appelée « notre Tanagra » tant la grâce évanescente de son corps, alliée à son acharnement inflexible à se suicider, suscitait un investissement collectif massif. C'est probablement la permanence mais aussi la fragmentation de cet investissement pluriel, auquel s'adjoignait de surcroît celui des soignants de son lieu d'hospitalisation psychiatrique, qui lui a permis de se maintenir en vie pendant son traitement, malgré « l'ivresse glorieuse » qu'elle éprouvait à se suicider. Se suicider non pas pour mourir mais pour atteindre une sorte de « déité », une fusion parfaite avec une mère divine dont elle serait l'idole. Nian