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Au téléphone, un patient qui vient de prendre un premier rendez-vous avec une analyste lui confie qu'il a peur de se perdre en venant chez elle. C'est ainsi que commence cet éloquent récit de l'histoire de la cure que nous présente Marie-France Dispaux dans son très beau rapport. Je reviendrai ici sur quelques repères qu'elle nous en donne.
Au début de ma lecture m'est venue d'emblée à l'esprit la fameuse phrase de Serge Lebovici: « L'objet est investi avant d'être perçu. » Ici, il est investi en tant que perdu d'avance, avant toute perception; il fonctionne sur le mode d'une perte à venir, d'une perte effective de sa possible réalité externe. Projectivement le sujet se voit déjà perdu, et perd du même coup l'objet. L'investissement est déjà là et témoigne d'une rencontre du sujet et de l'objet qui a bien eu lieu, dès l'appel téléphonique, et sans doute bien avant même le projet de téléphoner Mais la crainte de la perte est, tout à la fois, la crainte de perdre l'objet, un objet dès lors plus présent que jamais parce que désespérément recherché, et la crainte de se perdre soi-même puisque le sujet ne peut exister sans sa nécessaire contrepartie, l'objet. Redoutable dialectique, où l'objet perdu devient un puissant attracteur qui s'oppose au souhait d'une rencontre réelle, car la réalité de l'objet externe risque de le détruire. C'est un moment fécond, prototype même de l'intrication pulsionnelle où pulsion de vie et pulsion de mort se lient entre elles si étroitement qu'elles en deviennent difficilement repérables dans leur diversité et leur opposition: la pulsion de mort, ce qui délie, compromet l'existence du sujet lui-même par le meurtre de l'objet, la pulsion de vie aspire à les réunir, dans une rencontre réelle qui cependant risque de leur être fatale. Intrication des pulsions de vie et de mort au point qu'on peut les confondre et ne plus les discerner. S'agit-il de garder l'objet interne en tant que perdu, perdu de tous temps comme l'écrit Jean