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Avant toute chose je voudrais te remercier, Marie-France, d'avoir mis à la disposition de tes lecteurs la même capacité d'accueil que celle que tu as su offrir à ton patient. Ainsi nous as-tu permis, à notre tour, d'avancer « à petits pas » à la rencontre de Rafaël.
Nous autres ne connaîtrons jamais Rafaël qu'à travers ce seul récit que tu auras tissé à notre intention. Récit de son histoire, de l'histoire de la cure et de ses mouvements, récit de son histoire dans la cure, de la tienne aussi. Récit qui pousse les lecteurs que nous sommes à la scénographie, c'est-à-dire à la mise en représentation. Le récit, en soi, marque la rupture d'avec l'expérience d'une réalité matérielle directement sensible: il sollicite alors, en celui qui l'écoute, une nécessaire contrainte de représentation, liée à ce défaut d'expérience vécue. C'est aussi cette contrainte de représentation qu'illustre ton récit, lequel représente déjà, en lui-même, une traduction « côté conteur ». Mais « côté lecteur », je relierais plus volontiers cette contrainte à la capacité imaginative, déployée par les mots du récit - la lecture constituant une deuxième transcription -, plutôt qu'à la fonction hallucinatoire stricto sensu.
Je doute fort, en effet, que le Rafaël que je me suis construit, celui que je crois voir quand je te lis, ressemble à celui imaginé par mon voisin, et je donnerais à parier qu'il a peu de points communs avec ce patient qui est le tien, dans cette cure-là. Nous autres, lecteurs, n'avons pas vécu l'expérience, au sens fort du terme, que tu fais, aujourd'hui encore, de cette cure… Nous n'avons pas eu à entendre parler Rafaël en séance, nous n'avons pas eu à supporter (quel drôle de mot !) le transfert, ni à affronter (encore un drôle de mot !) notre contre-transfert. En conséquence de quoi, notre construction demeurera inévitablement une construction intellectuelle, produit abouti de la pensée secondarisée.