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Chère Jacqueline et cher Maurice, vous vous intéressez aux transformations - moi aussi, et nous ne pouvions que nous rencontrer. Surtout, vous vous souciez du « passage d'un registre agi à un registre pensé » - passage qui, par nature si je puis dire, ne peut être qu'un mouvement mais qui, de surcroît, apparaît comme étant, en lui-même, une transformation. C'est justement de ce « passage » dont je souhaiterais repartir pour, vous suivant, aller jusqu'à « l'échange ». Donc, passage de l'agir à la pensée, mais « passage » aussi de l'analysant à l'analyste (et réciproquement); voilà qui pose, bien sûr, la question des voies et des modes de ces passages avec, au premier plan de vos intérêts, ceux de l'action: ils sont sans doute, en effet, de meilleurs témoins des « échanges » que ne le peuvent les paroles.
Vous avez bien voulu en appeler à mon tout récent travail sur les Représentations motrices1 et vous y référer, même si lorsqu'il est paru votre rapport était déjà bien avancé. Je crois en effet qu'avec Michèle Perron-Borelli nous sommes, ensemble et sans doute avec quelques autres, en train de réviser quelques petites choses pour mieux comprendre comment cela peut passer « de l'acte à la pensée », comme le demandait Henri Wallon - ce qui revient à chercher à reconnaître leurs interpénétrations. À être parfois différentes, nos démarches n'en sont pas moins complémentaires - et c'est à cette complémentarité que je veux m'attacher. Alors, précisons brièvement nos modes d'approche, à commencer par les rapports et les différences entre agir et motricité, comme de l'une et l'autre avec la pensée (en entendant par « pensée » tout ce qui est proprement psychique, conscient ou inconscient).