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C'est un vieux débat toujours actuel vis-à-vis duquel j'éprouve un certain malaise; relancé par les tenants de l'observation directe et par les cognitivistes, il intéresse aussi les psychanalystes quand, d'aventure, ils sont en mal de théories du sujet, du moi, du je, du self, de la personne, de l'action, etc. et du narcissisme. La question d'ailleurs est à double sens. Ou bien c'est la rencontre de deux intra psychiques qui produit de l'interpsychique; ou bien c'est l'inter qui produit de part et d'autre de l'intra. Mais, de toute manière, penser en terme d' « inter » oblige à définir en termes analytiques ce que l'on entend par « intra ».
Il s'agit en somme de repartir de l'hypothèse freudienne d'un appareil psychique fermé, compartimenté et parcouru par une énergie à trajets réversibles (hypothèse présente dès L'Esquisse et L'interprétation des rêves, et encore dans l'Abrégé). Selon cette hypothèse, tout événement, toute relation, tout stimulus venant du dehors sont travaillés, transformés, métabolisés, et pour tout dire: « intrapsychisés par cet appareil qui se constitue par le fait même qu'il… intrapsychise ». Bien évidemment ce modèle d'une monade solipsiste, inspiré de la thermodynamique et de la neurophysiologie, est contestable, et d'ailleurs fut rapidement révisé par Freud (voir le Nebenmensch de L'Esquisse et la note célèbre de 1911: « Si l'on inclut les soins maternels »). Toutefois ce modèle théorique présente un certain nombre d'avantages:
— il constitue une unité foncière qui s'autonomise dans les trois polarités définies en 1915, Moi-Non/moi, Plaisir-Déplaisir, Activité-Passivité;
— il élimine la naïveté des causalités à courte vue: on n'est pas malade à cause d'un trauma mais du fait des effets intrapsychiques de ce trauma;
— il intériorise les conflits: ceux-ci ne seront plus entre le dehors et le dedans, mais entre des instances de l'appareil (ceci depuis les « pensées inconciliables » de 1894 jusqu'au « surmoi » des Nouvelles Conférences);