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On peut se demander si Freud n'a pas, en 1920, déplacé sur le binôme pulsion de vie / pulsion de mort l'opposition, qu'il ne parvenait pas à formuler entre ce qu'il a appelé depuis 1905, les pulsions du Moi et les autres pulsions (intéressant la libido d'objet, la libido narcissique et l'auto-érotisme), inclues par lui avec elles au sein du vaste ensemble des « pulsions de vie », sans poser le problème des liens qu'elles pouvaient avoir ensemble. Y a-t-il des intrications ou des désintrications entre les pulsions du Moi et les autres pulsions de vie ? Et la question capitale de la notion même d'intrication n'a-t-elle pas été au moins en partie escamotée par l'accent quelque peu passionné que Freud a mis sur le nouveau concept de pulsion de mort ?
Il est en tout cas singulier qu'à la suite de Freud lui-même, nous prêtions généralement si peu d'attention au destin spécifique des pulsions du Moi proprement dites, et à leurs articulations ou oppositions avec les autres « pulsions de vie », desquelles Freud a pourtant pris soin de les distinguer constamment avant comme après 1920. Il y a cependant dans la clinique psychanalytique, telle du moins que nous l'observons aujourd'hui, et sans doute dans la clinique même de Freud, de nombreuses situations dans lesquelles nous sommes, semble-t-il, à même de repérer des disjonctions et des conjonctions entre les mouvements de survie et de reproduction auxquels s'applique la dénomination freudienne de pulsion du Moi, et les mouvements de la libido érotique, narcissique comme objectale, voire celui de la destructivité.
De quelles situations cliniques pouvons-nous légitimement partir pour situer correctement le problème ?
Je me contenterai ici, faute de place, d'évoquer deux domaines qui offrent des observatoires peut-être privilégiés à cet égard. Je consacrerai ensuite l'essentiel de cette contribution à un très nécessaire examen métapsychologique