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L'évolution considérable de la psychanalyse en France au cours des trente dernières années a abouti à un certain nombre de réévaluations et de recentrages dont il serait bien hasardeux de vouloir faire la somme ici, mais dans lesquels l'adresse du psychanalyste à nos patients a indiscutablement « changé de cap ». Là où nous avions appris, au cours de notre formation, à repérer la part que ces derniers prenaient, en toute inconscience, à leur malheur névrotique - et à le leur souligner -, s'opère aujourd'hui un tout autre travail, sorte d'artisanat mené en commun, copensé sinon même co-éprouvé s'appuyant sur une mémoire sensorielle du corps, et visant à créer un espace de jeu pour le Je.
Pour autant, il n'était pas question d'abandonner, et c'est un aspect non négligeable de la question, les repères « freudiens » classiques du fonctionnement psychique.
A. Green, en précurseur, avait déjà attiré notre attention dès 1975 dans son rapport de Londres: « L'analyste, la symbolisation et l'absence dans le cadre analytique » sur le fait que la psychanalyse devrait prendre en compte d'autres facteurs que le classique refoulement et d'autres modalités de la trace, de la mémoire et du retour dans l'espace psychique, modalités qui furent seulement esquissées par Freud dans ses travaux d'après 1920. Et cela au point de contraindre les analystes à changer de vertex, le refoulement cédant alors le terrain dans le fonctionnement mental de leurs patients au clivage du moi, au déni de réalité et à des opérations psychiques et non psychiques (l'acte, la somatisation, le comportement ou le caractère1, aussi bien que le délire).