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Vouloir questionner la perversion nous confronte d'emblée à trois séries de difficultés inextricablement mêlées — la définition de son objet, sa dimension éthique ou normative, et la délimitation de son champ de pertinence — qui témoignent des aléas historiques de la notion, en particulier du formidable intérêt qu'elle va susciter au XIXe siècle, mobilisant médecins, juristes, aliénistes et experts dans le souci commun d'en répertorier les formes et d'en fonder le savoir. On trouve d'ailleurs trace de ce foisonnement de recherches préanalytiques dans les nombreuses références bibliographiques de cet ouvrage fondamental — et fondateur, pour cette question — que sont les Trois essais sur la théorie sexuelle (1905).
C'est pourquoi l'on se propose de faire retour sur cette période particulièrement féconde, au cours de laquelle les dimensions sexuelle, médico-légale et psychopathologique se sont trouvées définitivement liées, en particulier par tout un jeu de déplacements qui concerne tout autant le regard du médecin quant à l'objet de son observation que celui du législateur quant à la répartition du licite et de l'illicite.
C'est donc aux aléas de la construction de cet objet psychopathologique que l'on s'intéressera ici, en tant qu'ils constituent le socle sur lequel — voire contre lequel — Freud a édifié sa propre pensée.
L'histoire du mot lui-même mérite que l'on s'y arrête, car, à travers la migration qu'il opère dans différents champs du savoir et des conduites, c'est la transmission implicite d'une véritable théorie sexuelle qu'il effectue.