You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Dans une page célèbre de La volonté de savoir, Michel Foucault lançait l'hypothèse, maintes fois reprise, discutée et critiquée depuis lors, d'une naissance récente de l'homosexualité : « Il ne faut pas oublier que la catégorie psychologique, psychiatrique, médicale de l'homosexualité s'est constituée du jour où on l'a caractérisée — le fameux article de Westphal en 1870, sur les “sensations sexuelles contraires” peut valoir comme date de naissance — moins par un type de relations sexuelles que par une certaine qualité de la sensibilité sexuelle, une certaine manière d'intervertir en soi-même le masculin et le féminin. »1 L'homosexualité serait un pli du savoir, une invention des discours savants qui constituent la sexualité en la prenant pour objet.
On pourrait tout aussi bien inverser la formule : c'est l'homosexualité qui donne naissance aux savoirs sur la sexualité. L'obsession homosexuelle est tout autant cause qu'effet de la prolifération des discours savants. Aussi pourra-t-on dire, indifféremment, que l'homosexualité constitue un problème pour la psychanalyse, et que le problème homosexuel constitue la psychanalyse — depuis l'origine. On le voit bien par exemple dans le fait qu'il ne s'agit pas seulement d'une question théorique, mais aussi d'un enjeu dans la pratique thérapeutique : si, depuis toujours, l'homosexualité pose problème à la psychanalyse, c'est qu'elle n'est pas le fait des seuls patients, mais peut tout aussi bien concerner les thérapeutes. Bref, pour la psychanalyse, la question homosexuelle n'est pas nouvelle.