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Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour Éternel et muet ainsi que la matière.
Dans la préface de ses Œuvres autobiographiques, Jean Daniel, en rupture avec les leçons de sagesse de ses pères méditant sur l'accélération de l'histoire et le désenchantement du monde, a cette remarque : « Seule la beauté, comme celle des cathédrales que j'ai tant fréquentées, peut donner une réponse… » L'écrivain, cependant, évalue, critique, « ce persistant refuge dans l'esthétique pour fuir ou compenser les prisons de la fatalité et les agressions de la modernité ». (…) « Au cœur de tous ces orages, quelque chose en moi n'a jamais cessé de saluer tous les matins du monde. »1
« Seule la beauté… » Si celle-ci surgit ainsi, pour Jean Daniel, dans le silence des cathédrales, chacun s'en fait une représentation personnelle.
En voici une qui place la beauté sous le signe du féminin, voire des Madones :
« Votre œil me fait un été dans mon âme. » Un vers de Ronsard que Julia Kristeva lit ainsi : « La beauté c'est l'âme devenue pleinement visible, comme une fleur dans la lumière de l'été. » (…) « Le plaisir de faire voir mon âme s'appelle beauté. »2
Freud écrit, dans Malaise dans la civilisation, à propos de la jouissance qu'inspire la beauté, que « cette attitude esthétique prise comme but de la vie