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Dans Le sacrifice en rêve, Jean Starobinski [1991] nous a jadis merveilleusement narré comment, rendant compte du Salon de 1765, Diderot feint de construire en rêve le tableau de Fragonard Corésus et Callirhoé. Rappelons en deux mots l'histoire [Diderot, 1996]. Diderot, rapportant sur les œuvres exposées au Salon, imagine écrire à Grimm, son commanditaire, qu'il ne peut l'entretenir de ce tableau dont il est fait grand cas parce qu'il ne figure plus au Salon quand Diderot visite celui-ci. À partir de cette fiction, Diderot propose de raconter une vision étrange, un rêve qui lui serait venu la nuit qui a succédé à sa visite au Salon (dont aurait été absent le tableau) et à la soirée qu'il aurait passée à lire quelques dialogues de Platon. Le rêveur se trouve dans une caverne (la caverne du reste diurne, dirons-nous) et les fantasmagories qui se déploient sur la paroi de la caverne vont, bien entendu, retracer la malheureuse histoire que nous savons être celle de Callirhoé. Courtisée par un prêtre que Diderot identifie bien comme celui de Bacchus (sans préciser si cela était présent dans le « contenu manifeste » ou s'il le reconnaît après coup), elle demeure fermée à ses avances. Son refus entraîne un désordre extrême dans la cité, fait de violences, d'excitations lubriques et d'incestes dont il est dit que seul un sacrifice (et tout porte à croire que c'est celui de la jeune rétive) y mettra un terme. Au dernier moment, c'est le prêtre qui se sacrifie lui-même, exprimant ainsi la force et la qualité de son amour. Mais peu importent ici les détails de l'histoire mythique, retenons l'articulation entre le contenu manifeste du rêve et le tableau. À mesure que l'histoire se construit dans le rêve, à travers son récit, c'est l'œuvre de Fragonard qui se développe sous nos yeux. Grimm (le Grimm de la fiction) en témoigne. C'est lui qui le dit à Diderot et, par ricochet, à nous, qui ne connaissons pas ce tableau. Il insiste : les simulacres que