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Pourquoi un artiste exécute-t-il son portrait ? Exercice de style, de preuve de possession du métier ? Narcissisme de l'artiste ? Quête de l'autre à la fois connu et inconnu ? De son moi profond, de son moi idéal ? Épreuve de force contre la marche inéluctable du temps ? Désir de laisser une image de lui, preuve de son talent ? Traduit-il l'assomption jubilatoire de Lacan ? Affirmation de soi par soi présentée au regard de l'autre ? L'auto-portrait est tout cela à la fois (Henriette Bessis, 1988), mais, pour les psychanalystes, il s'agit de comprendre ce que cette entreprise mobilise en termes d'enjeux psychiques, en postulant que ce n'est pas seulement la psychanalyse qui explique l'œuvre d'art, mais la création artistique qui éclaire un certain nombre de notions psychanalytiques mobilisées chez le peintre auto-portraitiste. Il s'agit de faire travailler dans les deux sens l'articulation entre une approche clinique et une approche des œuvres. Elles s'éclairent l'une l'autre.
D'avance je renonce à répertorier les auto-portraits, étant donné leur profusion et l'incroyable variété de leur typologie, attestant la multiplicité des possibles de l'auto-représentation1. Que ce soit le regard : humble ou arrogant, affirmé ou fuyant, affiché ou dissimulé, perçant ou effacé… Que ce soit le miroir : présent ou absent, explicitement représenté ou implicitement intégré dans le dispositif, orienté vers le spectateur ou vers le peintre, donnant lieu à des agencements extrêmement divers, ce dont les Ménines sont la plus brillante démonstration. Que ce soit la place de l'artiste dans l'œuvre, seul ou en présence de quelqu'un d'autre ou encore dissimulé dans la foule. Que ce soit