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Une nouvelle de Nathalie Sarraute, dans L'usage de la parole1, retient mon attention. « L'esthétique » voisine avec « Le mot Amour », où, référence à Stendhal oblige, Nathalie Sarraute s'interroge sur la naissance de l'amour au ras des mots. Sur l'autre versant, « L'esthétique » est bordée par « Mon petit ». Même délicat travail sur les expressions courantes où l'on reconnaît Nathalie Sarraute qui tente de saisir un mouvement intérieur qui excède le dire mais dont les mots seuls peuvent rendre compte.
« L'esthétique » se passe dans la rue — bien que l'expression « se passe » déborde les propos : « Que s'est-il passé ? (…) Mais rien, voyons, que voulez-vous qu'il se soit passé ? Absolument rien. »2 Une rue quelconque, étroite, un peu vide, d'une petite ville sans importance. Petite ville, assez petite pour que, les passants se connaissant, ils ne puissent éviter de se saluer en s'y croisant. Ni faire semblant de ne pas se voir. Le « faire semblant » serait cette sortie hors de l'opération, hors de la saisie du sensible, de l'optique et du tactile, puisque, dans cette rue étroite, les passants pourraient avoir à se frôler.
Nathalie Sarraute décrit un tropisme, un de ces petits moments de la vie intérieure qu'elle nomme si « insignifiants » qu'ils pourraient tomber dans l'oubli. À moins qu'ils ne restent pris dans la rumination acide des petits drames quotidiens dont on essaierait vainement de se défaire en haussant les épaules ou en détournant les yeux. Moment anodin, insignifiant, ténu, où n'entre en jeu nulle antipathie, juste l'indifférence tranquille des jours de semaine. Sans heurts prévus, sans intensité particulière. Dans cette légèreté qui ouvre aussi à la transformation. La permet. C'est là que les acteurs de la scène seront soumis à une « petite opération… Petite ? Mais à quoi bon