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En 1986, Christophe Dejours nous proposait un « Essai d'interprétation comparée » audacieux : Le corps entre biologie et psychanalyse (Payot).
Il s'agissait de rien moins pour l'auteur que tenter de rouvrir la voie à l'étude du fonctionnement global du sujet humain dont on est, disait-il, à force de parcellisation des disciplines, parfois plus ignorant qu'on ne l'était il y a seulement cent ans. Le projet était énoncé d' « aborder la question de l'unité de l'Homme en nous appuyant à la fois sur les acquisitions de la biologie contemporaine et sur les observations venant de la clinique psychiatrique et psychanalytique (…). Il ne s'agit pas de proposer une synthèse entre biologie et psychanalyse car cette synthèse n'existe pas (…) mais seulement de mettre face à face certaines connaissances de la biologie avec certains résultats de l'investigation clinique ». Conscient de la gageure et des critiques auxquelles elle exposait, Christophe Dejours présentait cet essai comme pouvant être, dans le meilleur des cas, un document de travail.
Document de travail, cet ouvrage indispensable n'a cessé de l'être et le reste, y compris pour son auteur qui nous en a proposé en 2001 une édition remaniée : Le corps, d'abord, assortie d'un sous-titre qui ne laisserait pas d'intriguer, voire d'inquiéter si la pensée rigoureuse de Christophe Dejours n'avait fait depuis longtemps ses preuves : « Corps biologique, corps érotique et sens moral ». Un pas de plus dans la gageure, un pas de plus dans la provocation qui nous est faite, car c'en est une, d'élargir le champ, celui du corps, d'abord. Mais ne nous y trompons pas : si provocation il y a, c'est, dans la droite lignée de Freud, une invite à penser, à creuser, à aiguiser l'outil psychanalytique.