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« Que ta déchirure n'empêche pas ta réflexion d'avoir lieu. »2
Par cette citation de Georges Bataille s'ouvre le « Postlude » du livre de Marianne Massin, dont l'exigence annoncée dans le « Prélude » est de « réfléchir sans trahir les conditions de possibilité et les enjeux d'une expérience radicale, chaque fois bouleversante et singulière ». Ces deux citations montrent clairement pourquoi ce livre de philosophie peut intéresser la psychanalyse.
Les motifs profonds de cet intérêt tiennent d'abord à l'objet de la recherche : le ravissement est une expérience troublante, fulgurante, qui abolit les identités établies, mêle les contraires, favorise l'abandon au vécu, et paraît ainsi mettre en échec la parole et la pensée. Or l'auteur croit qu'il est possible de relever ce défi, et de ne pas « dissocier trop vite le sentiment vécu de l'effort de réflexion », ce qui nécessite toutefois que « la démarche philosophique (sache) risquer sa propre maîtrise pour être digne de ce qu'elle cherche à penser ». Je vois là la seconde raison de notre intérêt pour ce travail ;
Car ces deux aspects, objet et méthode, sonnent particulièrement à nos oreilles de psychanalystes :
— l'expérience du ravissement ne peut-elle être conçue comme figure paroxystique de la « troisième blessure d'amour-propre » de l'histoire de la pensée infligée par la psychanalyse : « Le moi n'est plus maître dans sa propre maison » ? ;
Paris, Éd. Grasset-Le Monde, « Partage du savoir », novembre 2001. Ce livre a obtenu le prix du Monde de la recherche universitaire.
G. Bataille, L'Expérience intérieure, Gallimard, rééd. « Tel », p. 113.
— la tentative de rendre compte néanmoins de cette expérience évoque la démarche fondatrice freudienne pour élaborer une « science de l'inconscient » : ce projet est en effet à entendre à la fois comme reconnaissance de l'existence de phénomènes psychiques échappant à la rationalité et à la conscience, et comme refus de renvoyer cet inconscient à quelque chose de mystique,