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Dans un essai récent écrit en collaboration avec Daniel Settelen à propos du cas d'un criminel particulièrement médiatisé (L'affaire Romand : le narcissisme criminel)1, j'ai essayé de repérer et de décrire les liens complexes qui peuvent relier fragilité narcissique et passage à l'acte criminel. Je propose ici de poursuivre cette réflexion sur ce qui fait qu'un individu, jusqu'alors assez souvent considéré comme « normal » par son groupe social, à un moment donné de sa vie, et du fait de circonstances particulières, ne se « contient » plus.
Je partirai de la description concrète de trois affaires criminelles « ordinaires » rencontrées à l'occasion de ma pratique d'expert judiciaire. Je les ai appelés Éric, Ahmed et Roger, et pour des raisons de discrétion j'ai modifié quelques éléments secondaires de leur biographie. Dans des circonstances que je décrirai, le premier d'entre eux a fracassé le crâne d'un inconnu avec une batte de base-ball, le deuxième a abattu sa femme d'un coup de carabine, tandis que le troisième a tué ses deux enfants, également avec une carabine. Avant leur passage à l'acte aucun de ces trois hommes n'avait connu la prison.
Pourquoi ce choix de cas « hors divan » ? On ne manquera pas de m'objecter que je sors du champ de l'analyse classique. Peut-on prétendre fonctionner en psychanalyste quand on est désigné comme expert par un juge, c'est-à-dire imposé à un sujet qui ne se considère pas a priori comme un patient ? Comment se gèrent, dans ces conditions particulières, la neutralité, l'écoute flottante, le contre-transfert ? Y a-t-il plus qu'une simple analogie